Interview avec Anna Bossman

1. Vie privée et parcours professionnel

Je suis née à Kumasi, au Ghana, mon père est Jonathan Emmanuel Bossman, médecin et diplomate, et ma mère Alice Decker, entrepreneuse.
Sous la direction de Kwame Nkrumah, premier président du Ghana, mon père a été nommé ambassadeur et représentant permanent auprès de l’ONU à Genève, puis premier ambassadeur du Ghana dans la région du Maghreb pour ouvrir les ambassades du Ghana en Tunisie, au Maroc et en Algérie. Il a également été ambassadeur du Ghana en France. Mon père a déménagé notre famille de 9 enfants à l’époque (je suis la cinquième 11 frères et sœurs) partout avec lui. Cette période, qui fut mon premier contact avec la langue et l’éducation française, a sans doute inspiré mon intérêt et ma relation affectueuse avec la culture du pays et de la langue de Molière. Il n’était donc pas étonnant que de retour au Ghana, j’ai continué à étudier le français dans l’école Holy Child, à Cape Coast, et à l’école secondaire d’Achimota. J’ai obtenu un diplôme combiné en droit et en sciences politiques à l’Université du Ghana Legon, et j’ai été admise au Barreau du Ghana en 1980.
J’ai fait mon service national en tant que procureur d’État adjoint, à la division des poursuites pénales du ministère de la Justice du Ghana, mais j’ai ensuite commencé à travailler dans le secteur privé. Une rencontre fortuite avec un groupe de négociants en pétrole, a développé mon intérêt pour l’industrie pétrolière et gazière, et m’a amené à accepter un emploi dans une société américaine, la Tenneco Oil Exploration and Production Company, pour travailler dans leurs opérations au Gabon. Ce fut le début d’une carrière de 25 ans dans l’industrie pétrolière et gazière et dans le secteur de l’énergie.
A l’époque, j’étais la première et la seule femme et la seule personne noire de l’équipe de direction gabonaise de l’entreprise, et c’était parfois difficile, surtout quand j’ai atteint le "plafond de verre" et que j’avais le sentiment d’être traitée injustement par rapport à mes homologues masculins. Néanmoins, l’expérience inestimable que j’ai acquise à cette étape de ma vie m’a été très utile et m’a permis de réussir une carrière dans des postes de gestion, d’avocat, de négociateur et de consultant auprès d’importantes sociétés pétrolières et gazières internationales au Gabon, au Congo, en Côte d’Ivoire, en Angola et au Ghana.
J’ai été la première femme secrétaire générale de l’Union Gabonaise des Compagnies Pétrolières, une association de grandes compagnies pétrolières telles qu’Elf, Shell, British Gas, Agip, Amerada Hess, Kelt et Total Exploration opérant au Gabon.
De retour au Ghana en 1996, j’ai fondé Bossman Consultancy Limited (BCL) qui fournit des services de conseil et d’assistance aux services publics d’électricité et aux secteurs de l’énergie, aux institutions internationales et aux agences donatrices, ainsi qu’aux entreprises privées et aux investisseurs commerciaux. En 2002, j’ai été nommée sous-commissaire à la Commission ghanéenne des droits de l’homme et de la justice administrative (CHRAJ) en charge des enquêtes et des questions juridiques, ainsi que commissaire par intérim et présidente intérimaire de la Commission.
En juillet 2011, j’ai été embauché par le Groupe de la Banque africaine de développement en tant que Directrice, Intégrité et lutte contre la corruption, en charge des enquêtes sur les fraudes, la corruption et autres malversations dans les opérations financières de la Banque.
En juin 2017, j’ai été nommé Ambassadrice du Ghana en France et au Portugal, représentante permanent du Ghana auprès de l’UNESCO et accrédité auprès de l’OCDE et de l’Organisation internationale de la Francophonie.
J’ai remis mes Lettres de créance au Président de la République française, Emmanuel Macron le 13 octobre 2017.
Mon mari et moi avons quatre enfants. Mes loisirs sont la lecture, l’écriture, et j’aime me détendre en écoutant de la musique et en étant en compagnie d’amis et de ma famille. J’aime vraiment être avec les jeunes ; la plupart ont beaucoup à apprendre, mais ils ont aussi beaucoup à nous apprendre aux plus âgés à s’adapter à ce monde moderne en pleine effervescence.

2. Qu’est-ce que la France pour vous ? Que symbolise-t-elle ?

Ma première réaction quand je pense à la France, c’est la langue (bien sûr), la langue de l’amour..... la littérature et la poésie françaises, je pense à des écrivains comme Françoise Sagan, j’adore ses livres "Aimez vous Brahm’’, ’’Bonjours tristesse’’, ’’La Chamade". Je me souviens de chansons de Françoise Hardy, Johnny Halliday et Sylvie Vartan. Enfant, j’écrivais de petits essais et des poèmes en français. Je ne suis pas sûr de pouvoir le faire maintenant. Je pense à la cuisine française et bien sûr à Paris, en buvant un café sur les terrasses. Je me souviens de certains des parfums préférés de ma mère, L’air du temps de Nina Ricci, Vent vert de Balmain.......
La France symbolise pour moi la modernité, un certain sens de la liberté d’expression, de l’égalité et des droits de l’homme.

3. Quel est votre objectif, votre ambition, à la tête de l’Ambassade du Ghana en France ?

Il ne fait aucun doute que la France est aujourd’hui, un acteur de premier plan du leadership mondial, et donc pour moi très simplement mon objectif de promouvoir le renforcement des liens politiques, socio-économiques et culturels entre le Ghana et la France. C’est aussi, encourager et réussir à faire venir des investisseurs français pour investir et créer des entreprises au Ghana, en particulier pour les investissements français dans l’industrie touristique ghanéenne. Aussi, aider les investisseurs ghanéens de s’associer à des entreprises françaises. Cela sera, entre autres, un bon moyen de créer de l’emploi pour les Français et les Ghanéens. En outre, le Ghana, étant un pays africain anglophone est dans une position géographique unique, celle d’être entouré par des pays africains francophones, le Ghana est également une influence positive dans la CEDEAO. Nous sommes fermement convaincus que le resserrement des liens avec la France aura un impact très positif sur le traitement des questions difficiles dans la sous-région.

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Dernière modification : 22/11/2017

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