Bâtiments traditionnels Asante d’un point de vue étranger

Dans le cadre de son projet Sankofa, l’Ambassade de France au Ghana a organisé un atelier d’échange des bonnes pratiques et des expériences dans le domaine de gestion intégrée du patrimoine, afin de répondre aux problématiques rencontrées dans la gestion des Bâtiments Traditionnels Asante.

JPEGLes représentants de plusieurs sites et institutions en France et au Brukina Faso nous font partager leurs impressions sur cet atelier.

- Vincent Guichard : Director of the EPCC-Grand Site de France Bibracte Mont Beuvray),
- Vérane Pagani (head of mission for the Grand projet du Marais de Brouage jointly led by the Community of Municipalities of the Marennes basin and the Rochefort Océan agglomeration community),
- Lassina Simporé (Secretary General of the Ministry of Culture, Arts and Tourism of Burkina Faso - MCAT),
- Emmanuel Somé (lawyer, specialist in tourism at the Ministry of Culture of Burkina Faso)
- Lucile Bordet (international action officer at the RGSF).

Sur quel site patrimonial travaillez-vous ?

Lucile Bordet : Je travaille au sein du Réseau des Grands Sites de France, une association nationale qui fédère une cinquantaine de collectivités territoriales en charge de la gestion des sites patrimoniaux naturels et culturels, ayant reçu le label Grand Sites de France ou ayant engagé les démarches pour l’obtenir.

Lassina Simpore & Emmanuel Some : Nous travaillons sur deux sites classés au patrimoine mondial que sont :
- Les ruines de Loropéni, l’une des plus grandes attractions archéologiques du Burkina Faso ! Vieille de plusieurs siècles, Loropéni fut une majestueuse forteresse ayant sécurisé la ville qui, à cette époque, constituait une plaque tournante du commerce de l’or. Les Koulango, célèbres peuples locaux, l’ont donc exploitée pour se défendre des attaques. Implantées dans une luxuriante forêt, les ruines de Loropéni possèdent de jolis bâtiments encore très bien conservés.
- Les sites de métallurgie ancienne du fer du Burkina Faso, composés de cinq éléments situés dans différentes provinces du pays. Ils comprennent une quinzaine de fourneaux debout à tirage naturel, plusieurs bases de fourneaux, des mines et des traces d’habitations. Remontant au VIII e siècle, Douroula est le témoin le plus ancien du développement de la production de fer recensé au Burkina Faso. Les autres composantes du bien - Tiwêga, Yamané, Kindibo et Békuy – illustrent l’intensification de la production de fer au cours du II e millénaire. Même si la réduction de fer (l’obtention de fer à partir du minerai) n’est plus pratiquée aujourd’hui, les forgerons des villages jouent encore un rôle important en fournissant des outils et en prenant part à de nombreux rituels.

Vincent Guichard : Je travaille sur le site archéologique de Bibracte, ancienne capitale du peuple gaulois éduen au Ier siècle avant J.-C., qui occupe un sommet du massif du Morvan, en Bourgogne, au centre de la France. Bibracte est protégé comme Monument historique et comme paysage remarquable. Le site est inscrit depuis plus de quinze ans dans la démarche Grand Site de France. 
Vous avez passé 3 jours sur place à Kumasi, que vous inspire la visite des bâtiments traditionnels Asante, ces sites inscrits au patrimoine mondial de l'humanité ?

Lucile Bordet  : La visite de plusieurs bâtiments traditionnels Asante inscrits sur la liste du patrimoine mondial était dépaysante et très enrichissante. L’histoire liée à ces sites m’a beaucoup touchée, ainsi que leur grande richesse architecturale (techniques de construction, matériaux utilisés, couleurs, symbolique des motifs, usages…) et l’ambiance qui y règne. Toutefois, les sites sont confrontés aujourd’hui à de nombreux défis : un état de conservation dégradé, l’absence de lien avec leur environnement et les populations des quartiers alentours, et la dissociation des sites entre eux, ainsi qu’avec d’autres éléments patrimoniaux de la ville (bâti en terre, palais Manhyia…).

Emmanuel Some
Ce fut une découverte à la fois impressionnante et émouvante. Impressionnante par la structure architecturale, le mode et les matériaux de construction spécifiques au peuple Asante. Ces bâtiments traduisent une identité culturelle unique et les croyances des peuples africains en général et celles des Asante en particulier. Leur inscription sur la liste du patrimoine mondial de l’humanité traduit également leur importance et le rôle central qu’ils peuvent jouer dans le tissu culturel et traditionnel de ce peuple. Emouvante parce ces sites semblent souffrir d’une gestion efficace pour une conservation durable pour la postérité. Cet atelier a été une opportunité de partage d’expériences et de pratiques dont le GMMB devra s’inspirer dans son approche réhabilitation, gestion, conservation et surtout mise en tourisme de ce patrimoine. Enfin, pour venir à bout de ces difficultés, il faut une volonté politique affichée à travers un soutien minimum en termes d’équipement, de ressources financières et humaines du GMMB. Le Gouvernement devra également s’impliquer dans la résolution des questions de propriété des espaces abritant ces bâtiments et dans la sensibilisation des communautés. La valeur universelle reconnue à ce site à travers leur inscription sur la liste du patrimoine mondial peut être une source d’inspiration pour la gestion et le développement des bâtiments Assante. C’est une affirmation d’une identité culturelle autours de laquelle les communautés devraient se mobiliser.

Vincent Guichard

La valeur et l’originalité du patrimoine architectural des Ashanti sont remarquables : le visiteur européen ne s’attend pas à découvrir une tradition de construction d’un tel raffinement technique et décoratif déjà bien installée avant la colonisation, qui a conduit à sa quasi-disparition depuis la fin du XIXe siècle. Mais c’est un patrimoine qui est aujourd’hui en grand danger : les dix bâtiments protégés au titre du patrimoine mondial sont une modeste relique de la splendeur passée de l’architecture Asante. Leur état de conservation est loin d’être satisfaisant et leur environnement est terriblement dégradé par la dissolution progressive du bâti villageois qui les environnait dans l’urbanisme banalisé des banlieues de Kumasi. Le défi à relever est immense : il faut restaurer un partenariat entre l’organisme d’Etat en charge des sites, le GMMB, les autorités traditionnelles, les collectivités et les habitants, afin de parvenir à
mobiliser plus de moyens pour assurer l’entretien des bâtiments inscrits sur la Liste du patrimoine mondial et tenter de requalifier autant que faire se peut leur environnement. Pour cela, il serait notamment indispensable de revaloriser l’architecture traditionnelle de terre, à la fois pour restaurer les anciennes maisons à cour centrale, caractéristiques de l’architecture de la région, et pour promouvoir la création architecturale utilisant ce matériau parfaitement adapté au climat et aux ressources naturelles locales. Enfin, sur un autre registre, l’accueil de visiteurs est subordonné à la mise en place d’une stratégie concertée de valorisation de la culture des Ashanti, sous toutes ses facettes (architecture, art mobilier, rites et pratiques sociales).

Y a-t-il selon vous, des axes de collaboration possibles entre le Ghana et la France/le Burkina Faso sur les questions de patrimoine. Si oui lesquels ?

Lucile Bordet : Des pistes de coopération pourraient être mises en œuvre, dans la continuité de l’atelier organisé à Kumasi, en poursuivant l’échange d’expériences et de bonnes pratiques. Par exemple autour de la gouvernance du site (comment constituer une structure de gestion adaptée à la bonne échelle et représentative de toutes les parties prenantes ?), des méthodologies de concertation avec les populations locales etc. Le Pôle international francophone pourrait mettre à disposition du GMMB local davantage de ressources en anglais et intégrer des gestionnaires de sites patrimoniaux ghanéens dans ses différentes activités lorsqu’elles peuvent être rendues accessibles à des anglophones.

Lassina Simpore et Emmanuel Some
Les axes de collaboration sont possibles à plusieurs niveaux ; entre le Ghana et le Burkina Faso, on peut envisager un partage de savoir et savoir-faire de gestion de patrimoine bâti en terre, dans la coopération sud-sud.

Vincent Guichard
Notre mission n’était pas constituée de spécialistes de l’architecture de terre mais de praticiens de la gestion des espaces patrimoniaux porteurs de la philosophie et de la méthode de la démarche « Grand Site ». Telle qu’elle développée dans le cadre de la politique des Grands Sites de France et partagée à l’international au moyen du pôle international de formation et d’échange animé par le Réseau des Grands Sites de France. La « valeur ajoutée » que peut apporter la démarche Grand Site tient à la façon d’appréhender les espaces patrimoniaux, en vue de mettre en place des outils de gestion solides et à la bonne échelle. Dans le cas des bâtiments traditionnels Asante, il nous semble notamment dispensable d’appréhender le dossier dans un cadre spatial et humain plus large que ce qui a été fait jusqu’alors. Nous espérons vivement pouvoir assurer un compagnonnage durable avec nos collègues ghanéens, notamment avec la petite équipe du GMMB en charge de ce bien
patrimonial, animée par l’excellent Francis Kwarayire.

Dernière modification : 05/08/2021

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